Le langage secret de Dante et des « Fidèles d’Amour », 1er partie par René Guénon

                Sous ce titre : « Il Linguaggio segreto di Dante e dei « Fedeli d’Amore »[1], M. Luigi Valli, à qui on devait déjà plusieurs études sur la signification de l’œuvre de Dante, a publié un nouvel ouvrage qui est trop important pour que nous nous contentions de le signaler par une simple note bibliographique. La thèse qui y est soutenue peut se résumer brièvement … Continuer de lire Le langage secret de Dante et des « Fidèles d’Amour », 1er partie par René Guénon

Les gardiens de la Terre sainte par René Guénon

                Parmi les attributions des ordres de chevalerie, et plus particulièrement des Templiers, une des plus connues, mais non des mieux comprises en général, est celle de « gardiens de la Terre sainte ». Assurément, si l’on s’en tient au sens le plus extérieur, on trouve une explication immédiate de ce fait dans la connexion qui existe entre l’origine de ces Ordres et les Croisades, car, pour les Chrétiens comme pour les Juifs, il semble bien que la « Terre sainte » ne désigne rien d’autre que la Palestine. Pourtant, la question devient plus complexe lorsqu’on s’aperçoit que diverses organisations orientales, dont le caractère initiatique n’est pas douteux, comme les Assacis et les Druses, ont pris également ce même titre de « gardiens de la Terre sainte ». Ici, en effet, il ne peut s’agir de la Palestine ; et il est d’ailleurs remarquable que ces organisations présentent un assez grand nombre de traits communs avec les ordres de chevalerie occidentaux, que même certaines d’entre elles aient été historiquement en relation avec ceux-ci. Que faut-il donc entendre en réalité par la « Terre sainte », et en quoi correspond exactement ce rôle de « gardiens » qui semble attaché à un genre d’initiation déterminé, que l’on peut appeler l’initiation « chevaleresque » en donnant à ce terme une extension plus grande qu’on ne le fait d’ordinaire, mais que les analogies existant entre les différentes formes de ce dont il s’agit suffiraient amplement à légitimer ?

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La terre du soleil par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Janvier 1936

            Parmi les localités, souvent difficiles à identifier, qui jouent un rôle dans la légende du Saint Graal, certain attachent une importance toute spéciale à Glastonbury, qui serait le lieu où s’établit Joseph d’Arimathie après sa venue en Grande-Bretagne, et où l’on a voulu voir beaucoup d’autres choses encore, comme nous le dirons par la suite. Sans doute, il y a là des assimilations plus ou moins contestables, et dont certaines paraissent impliquer de véritables confusions ; mais il se peut cependant qu’il y ait, à ces confusions mêmes, quelques raisons qui ne soient pas dépourvues d’intérêt au point de vue de la « géographie sacrée » et des localisations successives de certains centres traditionnels. C’est ce que tendraient à indiquer les singulières découvertes exposées dans un ouvrage anonyme publie récemment[1], dont certains points appelleraient peut-être des réserves, par exemple en ce qui concerne l’interprétation de noms de lieux dont, plus vraisemblablement, l’origine est assez récente, mais dont la partie essentielle, avec les cartes qui l’appuient, pourrait difficilement être considérée comme purement fantaisiste. Glastonbury et la région avoisinante du Somerset auraient constitué, à une époque fort reculée et qui peut être dite « préhistorique », un immense « temple stellaire », déterminé par le tracé sur le sol d’effigies gigantesques représentant les constellations et disposées en une figure circulaire qui est comme une image de la voûte céleste projetée sur la surface de la terre. Il y aurait là un ensemble de travaux qui rappelleraient en somme ceux des anciens mound-builders de l’Amérique du Nord ; la disposition naturelle des rivières et des collines aurait d’ailleurs pu suggérer ce tracé, ce qui indiquerait que l’emplacement ne fut pas choisi arbitrairement, mais bien en vertu d’une certaine « prédétermination » ; il n’en est pas moins vrai qu’il fallut, pour compléter et parfaire le dessin, ce que l’auteur appelle « un art fondé sur les principes de la Géométrie »[2]. Si ces figures ont pu se conserver de façon à être encore reconnaissables de nos jours, c’est, suppose-t-on, que les moines de Glastonbury, jusqu’à l’époque de la Réforme, les entretinrent soigneusement, ce qui implique qu’ils devaient avoir gardé la connaissance de la tradition héritée de leurs lointains prédécesseurs, les Druides et sans doute d’autres encore avant ceux-ci, car, si les déductions tirées de la position des constellations représentées sont exactes, l’origine de ces figures remonterait à près de trois mille ans avant l’ère chrétienne[3].

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