Les Grands Mystères

                L’omnipotence ne signifie pas le pouvoir d’accomplir des absurdités. La coercition de la volonté d’une autre personne est une de ces absurdités, et, par conséquent, aucune omnipotence réelle ne pourrait forcer une telle coercition. L’omnipotence est spirituelle et l’esprit n’agit pas par contrainte brutale, mais par la connaissance et l’inspiration. ~ R. G. Collingwood

                Au cours des 150 dernières années environ, nous avons eu droit à des révélations extraordinaires qui pourraient soutenir les fondations d’un renouveau spirituel. En dehors de quelques petits groupes d’intérêts, le monde poursuit sa trajectoire descendante. Si vous êtes satisfait de vos lectures spirituelles actuelles, peut-être que ces révélations on peu d’intérêt. Si vous êtes ancrés dans le matérialisme et le scientisme, ces idées risquent de ne pas pouvoir pénétrer votre esprit. Mais pour quelques-uns d’entre nous, ces idées forment la fondation d’une vision traditionnelle du monde.

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Des qualificatifs initiatiques (fin) par René Guénon

2e Partie

Article paru dans « Études Traditionnelles » de juin 1936

Si nous considérons les infirmités ou les simples défauts corporels en tant que signes extérieurs de certaines imperfections d’ordre psychique, il conviendra de faire une distinction entre les défauts que l’être présente dès la naissance, ou qui se développent naturellement chez lui, au cours de son existence, comme des conséquences d’une certaine prédisposition, et ceux qui sont simplement le résultat de quelque accident. Il est évident, en effet, que les premiers traduisent quelque chose qui peut être regardé comme plus strictement inhérent à la nature même de l’être, et qui, par conséquent, est plus grave au point de vue où nous nous plaçons, bien que d’ailleurs, rien ne pouvant arriver à un être qui ne corresponde réellement à quelque élément plus ou moins essentiel de sa nature, les infirmités d’origine apparemment accidentelle elles-mêmes ne puissent être regardées comme entièrement indifférentes à cet égard. D’un autre côté, si l’on considère ces mêmes défauts come obstacle directs à l’accomplissement des rites ou à leur action effective sur l’être, la distinction que nous venons d’indiquer n’a plus à intervenir; mais il doit être bien entendu que certains défauts qui ne constituent pas de tels obstacles n’en sont pas moins, pour la première raison, des empêchements à l’initiation, et même parfois des empêchements d’un caractère plus absolu, car ils expriment une « déficience » intérieure rendant l’être impropre à toute initiation, tandis qu’il peut y avoir des infirmités faisant seulement obstacle à l’efficacité des méthodes « techniques » particulières à telle ou telle forme initiatique.

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Des qualifications initiatiques (2e partie) par René Guénon

1er Partie

Article paru dans « Études Traditionnelles » de mai 1936

Après les considérations d’ordre général que nous avons exposées dans la première partie de cette étude, il nous faudrait, pour préciser d’avantage, donner des exemples bien définis des conditions requises pour l’accession à telle ou telle forme initiatique, et en montrer dans chaque cas la véritable signification ; mais un tel exposé, quand il doit s’adresser à des Occidentaux, est rendu fort difficile par le fait que ceux-ci ne connaissent qu’un nombre extrêmement restreint de ces formes initiatiques, et que des références à toutes les autres risqueraient de rester entièrement incomprises. Encore tout ce qui subsiste en Occident des anciennes organisations de cet ordre est-il bien amoindri à tous égards et il est aisé de s’en rendre compte plus spécialement en ce qui concerne la question même dont il s’agit présentement : si certaines qualifications y sont encore exigées, c’est bien plutôt par la force de l’habitude que par une compréhension quelconque de leur raison d’être ; et, dans ces conditions, il n’y a pas lieu de s’étonner s’il arrive parfois que des membres de ces organisations protestent contre le maintien de ces qualifications, où leur ignorance ne voit qu’une sorte de vestige historique, un reste d’un état de choses disparu depuis longtemps, en un mot un « anachronisme » pur et simple. Cependant, comme on est bien obligé de prendre pour point de départ ce qu’on a le plus immédiatement à sa disposition, cela même peut fournir l’occasion de quelques indications qui, malgré tout, ne sont pas sans intérêt, et qui, bien qu’ayant surtout à nos yeux le caractère de simples « illustrations », n’en sont pas moins susceptibles de donner lieu à des réflexions d’une application plus étendue qu’il ne pourrait le sembler au premier abord.

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Les fleurs symboliques par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » d’avril 1936             L’usage des fleurs dans le symbolisme est, comme on le sait, très répandu et se retrouve dans la plupart des traditions ; il est aussi très complexe, et notre intention ne peut être ici que d’en indiquer quelques-unes des significations les plus générales. Il est évident en effet que, suivant que telle ou telle fleur … Continuer de lire Les fleurs symboliques par René Guénon

Des qualifications initiatiques par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » d’avril 1936

Il nous est souvent arrivé, au cours de nos précédents articles, de faire allusion aux qualifications initiatiques, et, de divers côtés, on nous a posé de nombreuses questions à ce sujet; à vrai dire, il n’est guère possible de prétendre le traiter d’une façon complète, mais du moins pouvons-nous y apporter quelques éclaircissements. Et, tout d’abord, il doit être bien entendu que ces qualifications sont exclusivement du domaine de l’individualité; en effet, s’il n’y avait à envisager que la personnalité ou le « Soi », il n’y aurait aucune différence à faire à cet égard entre les êtres, et tous seraient également qualifiés, sans qu’il y ait lieu de faire la moindre exception; mais la question se présente tout autrement par le fait que l’individualité doit nécessairement être prise comme moyen et comme support de la réalisation initiatique; il faut par conséquent qu’elle possède les aptitudes requises pour jouer ce rôle, et tel n’est pas toujours le cas. L’individualité n’est ici, si l’on veut, que l’instrument de l’être véritable; mais, si cet instrument présente certains défauts, il peut être plus ou moins complètement inutilisable, ou même l’être tout à fait pour ce dont il s’agit. Il n’y a d’ailleurs là rien dont on doive s’étonner, si l’on réfléchit seulement que, même dans l’ordre des activités profanes, ce qui est possible à l’un ne l’est pas à l’autre, et que, par exemple, l’exercice de tel ou tel métier exige certaines aptitudes spéciales, mentales et corporelles tout à la fois. La différence essentielle est que, dans ce cas, il s’agit d’une activité qui relève tout entière du domaine individuel, qui ne le dépasse en aucun façon ni sous aucun rapport, tandis que, en ce qui concerne l’initiation, le résultat à atteindre est au contraire au delà des limites de l’individualité ; mais, encore une fois, celle-ci n’en doit pas moins être prise comme point de départ, et c’est là une condition à laquelle il est impossible de se soustraire.

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La Double Spirale par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Mars 1936

double spirale

Dans son article Tradition hellénique et Art grec (no de décembre 1935), M. Elie Lebasquais a attiré très justement l’attention sur l’importance du rôle joué, dans l’ «  ornementation » symbolique de la Grèce archaïque, par la double spirale, qui, dit-il, « peut être regardée comme la projection plane des deux hémisphères de l’androgyne, offre l’image du rythme alterné de l’évolution et de l’involution, de la naissance et de la mort, en un mot représente la manifestation dans son double aspect » ; et nous pensons qu’il n’est pas sans intérêt d’apporter, au sujet de ce symbolisme, quelques développements complémentaires.

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De la hiérarchie initiatique par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Mars 1936

L’allusion que nous faisions à la hiérarchie initiatique, en parlant de la notion de « l’élite » comme susceptible, outre son sens général, d’être envisagée à plusieurs degrés différents, a besoin d’être encore précisée à certains égards, car il se produit à ce sujet de fréquentes confusions, non seulement dans le monde purement profane, ce dont il n’y aurait pas lieu de s’étonner, mais même parmi ceux qui, à un titre ou à un autre, devraient normalement être plus instruits de ce dont il s’agit. Il semble d’ailleurs que toute idée de hiérarchie, même en dehors du domaine initiatique, soit particulièrement obscurcie à notre époque, et qu’elle soit une de celles contre lesquelles s’acharnent plus spécialement les négations de l’esprit moderne, ce qui, à vrai dire, est bien conforme au caractère antitraditionnel de celui-ci, caractère dont l’ « égalitarisme » sous toutes ses formes représente en somme simplement un des aspects. Il n’en est pas moins étrange de voir cet « égalitarisme » admis et proclamé même par des membres d’organisations initiatiques qui, si amoindries ou déviées qu’elles puissent être à bien des points de vue, conservent pourtant forcément toujours une certaine constitution hiérarchique, faute de quoi elles ne pourraient subsister en aucune façon ; il y a là évidemment quelque chose de paradoxal, et même de contradictoire, qui ne peut s’expliquer que par l’extrême désordre qui règne partout actuellement. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’y insister davantage ici, car il est bien clair que ce n’est pas à ceux qui nient de parti pris toute hiérarchie que nous pouvons songer à nous adresser; ce que nous voulions dire, c’est que, dans ces conditions, il n’est pas étonnant que cette idée soit parfois plus ou moins mal comprise par ceux mêmes qui l’admettent encore, et qu’il leur arrive de se méprendre sur les différentes applications qu’il convient d’en faire.

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Quelques aspects du symbolisme du poisson par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Février 1936

Le symbolisme du poisson, qui se rencontre dans de nombreuses formes traditionnelles, y compris le Christianisme, est fort complexe et présente de multiples aspects qui demandent à être distingués avec précision. Pour ce qui est des origines premières de ce symbole, il semble qu’il faille lui reconnaître une provenance nordique, voire même hyperboréenne; on a signalé en effet sa présence en Allemagne du Nord et en Scandinavie[1], et, dans ces régions, il est vraisemblablement plus près de son point de départ que dans l’Asie centrale, où il fut sans doute apporté par le grand courant qui, issu directement de la Tradition primordiale, devait ensuite donner naissance aux doctrines de l’Inde et de la Perse. Il est d’ailleurs à noter que, d’une façon générale, certains animaux aquatiques jouent surtout un rôle dans le symbolisme des peuples du Nord; nous en citerons seulement comme exemple le poulpe, particulièrement répandu chez les Scandinaves et chez les Celtes, et qui se retrouve aussi dans la Grèce archaïque, comme un des principaux motifs de l’ornementation mycénienne[2].

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Sur la notion de l’élite par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Février 1936

Nous avons eu déjà bien souvent l’occasion de signaler les abus de langage qui sont caractéristiques de notre époque, et qui sont parmi las symptômes les plus nets du désordre et de la confusion qui règnent partout: il semble parfois que les mots aient complètement perdu leur sens, tellement ils sont employés de la façon la plus courante, dans des acceptions qui n’ont plus rien de commun avec ce qu’ils devraient normalement signifier. C’est d’ailleurs pourquoi nous nous efforçons toujours de revenir le plus possible au sens originel, car c’est là, en somme, le seul moyen de redonner au langage l’exactitude et la précision dont il est susceptible; mais nous reconnaissons que, comme tout ce qui va à l’encontre de certaines habitudes, cela ne peut se faire sans quelques précautions, et qu’il faut toujours, en pareil cas, donner toutes les explications nécessaires pour éviter des méprises plus ou moins fâcheuses.

 

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La prière et l’incantation par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Janvier 1936

Bien qu’on entende le plus souvent, dans le langage courant, le mot « prière » dans un sens très vague, et qu’on le prenne même comme synonyme du terme d’« oraison » dans toute sa généralité, nous pensons qu’il convient de lui garder ou de lui rendre la signification beaucoup plus spéciale et restreinte qu’il tient de son étymologie même, car « prière » signifie proprement et exclusivement « demande » et ne peut sans abus être employé pour désigner autre chose[1]. Partant de là on doit établir une distinction très nette entre la prière et ce que nous appellerons l’ « incantation », employant ce terme à défaut d’un autre plus précis qui manque aux langues occidentales, et nous réservant de le définir exactement par la suite.

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