Le désespoir de la modernité – Ce n’est peut-être pas complètement mauvais

15 janvier 2018 – Père Stephen Freeman

Il est de commun usage chez les Pères de décrire le désespoir et la tristesse comme les conséquences de ne pouvoir combler nos désirs. L’affirmation peut sembler simpliste, mais elle pointe directement au cœur de notre tristesse. Il y a une mélancolie à notre époque qui naît de nos attentes par rapport à la modernité. Le mantra du progrès et le fait de croire qu’il existe toujours une solution aux problèmes auxquelles nous faisons face sont des terreaux fertiles au désespoir moderne.

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Donoso Cortes, Carl Schmitt, Julius Evola

De nos jours, la « discussion » est devenue une marchandise, le produit vendable des nouvelles par câble et des revues d’opinion; il n’y a plus même le prétexte d’une « recherche de la vérité ».

Je ne crois pas que la monographie de Carl Schmitt sur Donoso Cortés, mentionnée par Julius Evola, ait été traduite. Cependant, le dernier chapitre de la Théologie politique de Schmitt est intitulé Sur la philosophie contrerévolutionnaire de l’État (de Maistre, Bonald, Donoso Cortes), de sorte qu’il peut servir de résumé à la compréhension par Schmitt de Donoso.

Mais d’abord, il faut signaler une anomalie intéressante. Le Schmitt catholique, ainsi que les trois contre-révolutionnaires catholiques, n’ont eut absolument aucun impact sur l’église contemporaine. Leurs idées sur la Tradition, l’autorité et l’opposition au monde libéral moderne ont été rejetées par l’église modernisante Vatican II. Alors, pourquoi l’Evola anti-chrétien était-il si enchantée par la figure de Donoso Cortés? Comme l’indique Evola dans sa revue de la monographie de Schmitt sur Thomas Hobbes, ce qui compte, c’est la « manifestation d’un principe et d’un ordre supérieur » et la mise en place d’un « type d’organisation véritablement spirituelle et hiérarchique traditionnelle ». Puisqu’il n’y a plus de soutien institutionnel à de telles idées, il incombe aux rares de les comprendre et de les développer.  Continuer de lire « Donoso Cortes, Carl Schmitt, Julius Evola »

Une rencontre dans un non-lieu

Marc Augé a étudié l’espace moderne urbain dans son livre Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité (1992), où il postule un concept qui permet de rendre compte de l’espace tel qu’il se construit dans les villes : « Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. » (Augé, 1992, p. 100). Le lieu anthropologique est identitaire parce qu’il est significatif et permet un sentiment d’appartenance; le lieu est relationnel parce que nous y cultivons une relation de socialisation au sens fort du terme, c’est-à-dire que le lieu permet d’inscrire les représentations sociales dans le monde matériel; le lieu est historique parce qu’il a son histoire (personnelle ou commune) qui l’inscrit dans une suite de lieux, une suite culturelle qui sert de référent commun.

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Un homme vertueux

La vertu n’est pas un mot commun dans notre culture. Il semble même un peu « antique ». Pour certains, il a très peu de sens, ou un sens très éloigné de son sens originel. Cependant, dans la tradition chrétienne, il y a une très longue histoire de l’étude de la vertu. Jusqu’à la Réforme protestante, les pensées sur ce qu’était le « bien » et ce que cela signifiait pour une personne de poursuivre le « bien », étaient presque exclusivement pensées en termes de vertu. Ces dernières années, il y a eu une renaissance dans l’étude de la vertu, menée en particulier par des théologiens tels que Stanley Hauerwas et d’autres. J’ai étudié sous Hauerwas à Duke dans les années 80. Cela m’a profondément impressionné et a depuis marqué ma compréhension de ce que signifie une « bonne personne ».

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Analyse de Conan le Barbare (1982) de John Milius

  1. INTRODUCTION

For all the works of cultured man

Must fare and fade and fall.

I am the Dark Barbarian

That towers over all.

Robert E. Howard, Collected Poems 452, Selected Poems 19

Le personnage le plus fameux de Robert E. Howard, Conan, est une figure imposante dans l’univers de la littérature fantastique. Pour Conan autant que son créateur Howard, la civilisation est toujours fragile, sujette à la dégénération, à la décadence et à la conquête; l’«ordre du monde» est une situation précaire[1]. Conan n’est pas le premier à être mis en relief voire en opposition avec la civilisation : Gilgamesh l’avait déjà fait il y a longtemps chez les Sumériens. Seulement, pour celui-là, il n’y a pas de retour à la cité à la fin de l’histoire : il reste en marge, pour vivre selon son moto «I love, I slay. Let me live deep while I live»[2].

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