Le symbolisme de la croix de Gaspé et Jacques Cartier

Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. – Marc Augé

On ne devient homme véritable qu’en se conformant à l’enseignement des mythes, en imitant les dieux. – Mircea Eliade

Les colons scandinaves, en prenant possession de l’Islande (land-nâma) et en la défrichant, ne considéraient cette entreprise ni comme une œuvre originale, ni comme un travail humain et profane. Pour eux, leur labeur n’était que la répétition d’un acte primordial, la transformation du Chaos en Cosmos par l’acte divin de la Création. – Mircea Éliade

Le XXIIIIme jour dudict moys, nous fismes faire vne croix, de trente piedz de hault, qui fut facte devant plusieurs d’eulx, sur la poincte de l’entrée dudit hable, soubz le croysillon de laquelle mismes vng escusson en bosse, à trois fleurs de lvs, et dessus, vng escripteau en boys, engravé en grosse lettre de forme, où il y avait, Vive le Roy de France. […] Et après qu’elle fut eslevé en l’air, nous mismes tous à genoulx, les mains joinctes, en adorant icelle devant eulx, et leur fismes signe, regardant et leur monstrant le ciel, que par icelle estoit nostre redemption, dequoy ilz firent plusieurs admyradtions en tournant et regardant icelle croix.  – Jacques Cartier

Nous avions mentionné dans un article précédent que le lieu anthropologique était entendu, chez Augé, comme un endroit qui avait été investi symboliquement pour y donner un sens, pour l’ordonner. Les conséquences d’une anthropologisation d’un lieu se reconnaissaient dans trois caractéristiques : identitaire, relationnel et historique. L’anthropologisation d’un lieu est une démarche humaine, symbolisatrice, qui tire ses racines d’une perspective spirituelle et cosmique. Nous allons étudier ces deux éléments en utilisant la Croix de Gaspé comme objet d’interprétation.

 

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Les contradictions de l’Écriture

Nous pouvons, cependant, seulement exprimer la Vérité que si nous y voyons l’extrême expression de toutes les contradictions qui en découlent, d’où il suit que la Vérité elle-même englobe la projection ultime de toutes ses invalidations, est antonymique et ne peut être autrement.
-Pavel Florensky

 

J’ai écrit dans un article précédent sur l’importance des contradictions dans la connaissance de Dieu. La foi orthodoxe se réjouit totalement du paradoxe et de la contradiction et assène facilement son langage d’adoration avec des expressions antonymiques choquantes. Ceci est intentionnel et inhérent à la nature du genre de connaissance (koinonia) qui seul est une « connaissance salvatrice ». Se rappeler cela est important quand nous arrivons à l’étude des Écritures. Sans doute, la pratique la plus dévastatrice à l’égard des Écritures est de les débarrasser de ses contradictions. Aujourd’hui, cela se fait régulièrement à partir d’un certain nombre de sources. Apparemment, les êtres humains n’aiment pas la contradiction et ont un instinct passionné pour les minimiser. Cette diminution de la raison est appelée par plusieurs noms – certains d’entre eux étant si audacieux pour prétendre que c’est la raison elle-même. Ce ne l’est pas. La vraie raison est à l’aise avec la contradiction.

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L’absence comme mode de présence

L’absence comme mode de présence: la résurrection et l’exaltation du Christ.

[Ce texte est une traduction/réédition d’un ancien texte écrit pour le site internet Gornahoor (www.gornahoor.net) paru dans le temps Pascale de 2013]

Lorsque la lumière divine pénètre l’âme, elle est unie à Dieu comme la lumière avec la lumière. Ceci est la lumière de la foi. La foi porte l’âme à des hauteurs inatteignables par ses sens et facultés naturelles.

Maître Eckhart

La foi dans la résurrection est critique pour les chrétiens; spécialement lors de la période pascale. Plus encore, pour les traditionalistes, ces questionnements nous transportent vers une compréhension plus profonde de la résurrection de l’esprit par la mort initiatique et la renaissance (c’est-à-dire de porter la croix, de mourir et d’être ressuscité dans le Christ). Dans l’Évangile selon Saint Luc, de nombreux indices nous amènent à comprendre les Écritures comme quelque chose de plus qu’une simple biographie, marqué dans le temps et dans l’espace : c’est un sens profond de la renaissance qui se tient hors du temps, un Principe. Comme il est dit dans la vigile de Pâques, c’est la renaissance de la totalité de la création, du Cosmos.

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Analyse de Conan le Barbare (1982) de John Milius

  1. INTRODUCTION

For all the works of cultured man

Must fare and fade and fall.

I am the Dark Barbarian

That towers over all.

Robert E. Howard, Collected Poems 452, Selected Poems 19

Le personnage le plus fameux de Robert E. Howard, Conan, est une figure imposante dans l’univers de la littérature fantastique. Pour Conan autant que son créateur Howard, la civilisation est toujours fragile, sujette à la dégénération, à la décadence et à la conquête; l’«ordre du monde» est une situation précaire[1]. Conan n’est pas le premier à être mis en relief voire en opposition avec la civilisation : Gilgamesh l’avait déjà fait il y a longtemps chez les Sumériens. Seulement, pour celui-là, il n’y a pas de retour à la cité à la fin de l’histoire : il reste en marge, pour vivre selon son moto «I love, I slay. Let me live deep while I live»[2].

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