Juan Donoso Cortès – Du vote de l’impôt

I Articles publiés dans le journal de Madrid le Pilote, en 1839. Le droit des peuples à intervenir dans tout ce qui a rapport aux impôts et contributions par lesquels les citoyens alimentent l’État, est aujourd’hui une des bases essentielles du droit public d’une grande partie de l’Europe. L’idée de cette intervention, comme toutes les idées, peut s’envisager sous deux aspects différents, sous l’aspect historique … Continuer de lire Juan Donoso Cortès – Du vote de l’impôt

Libéralisme et Socialisme

Les hommes de bonnes naissances avaient l’habitude de penser ainsi :

L’école libérale tient pour certain qu’il n’y a d’autre mal que celui qui se trouve dans les institutions politiques léguées par nos pères, et que le bien suprême consiste à abolir ces institutions. La plupart des socialistes, de leur côté, regardent comme hors de doute qu’il n’y a d’autre mal que celui dont la société est la source, et que le grand remède serait dans le bouleversement complet des institutions sociales. Libéraux et socialistes proclament donc d’un commun accord que le mal vient des temps passés; mais les premiers affirment que le bien peut déjà se réaliser dans le temps présent, les seconds que l’âge d’or ne commencera que dans le temps à venir.

Le bien suprême devant être le fruit d’un bouleversement suprême, dans les régions politiques, disent les libéraux, dans les régions sociales, disent les socialistes, les uns et les autres affirment également la bonté substantielle et intrinsèque de l’homme, dont l’action intelligente et libre doit amener ce bouleversement. Cette conclusion, explicitement formulée par les socialistes, est implicitement contenue dans la théorie que soutient l’école libérale, si bien qu’on ne peut la rejeter sans être obligé, sous peine d’inconséquence, de rejeter cette théorie elle-même. La doctrine suivant laquelle le mal est dans l’homme et procède de l’homme est, en effet, en contradiction formelle avec la doctrine suivant laquelle le mal ne serait que dans les institutions, sociales ou politiques, et n’aurait d’autre cause que ces institutions. Quelle est, en bonne logique, la conséquence de la première? Que, pour extirper le mal du gouvernement et de la société, il faut commencer par l’extirper du cœur de l’homme. De même que suit-il de l’autre? Qu’il n’y a pas à s’occuper de l’homme, où le mal n’est pas, et que, pour l’extirper, il faut opérer directement soit sur le gouvernement, soit sur la société, où il a son centre et son origine. La théorie catholique et les théories rationalistes sont donc non-seulement incompatibles, mais encore contradictoires : la théorie catholique condamne tout bouleversement politique ou social comme insensé ou inutile; les théories rationalistes condamnent toute réforme morale de l’homme comme inutile et insensée. Et cela suit rigoureusement de leur principes respectifs; car, si le mal n’est ni dans le gouvernement ni dans la société, pourquoi et pour qui le bouleversement du gouvernement et de la société? Et si, au contraire, le mal n’est pas dans les individus et ne procède pas des individus, pourquoi et pour qui la réforme intérieure de l’homme? ~ Donoso Cortès – Essai sur le Catholicisme, pp. 304-306

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Juan Donoso Cortès – Question D’Orient

I

Articles publiés en 1839 dans le journal de Madrid pour le Pilote.

Le monde présente aujourd’hui un spectacle unique dans l’histoire. Nous assistons à la fin de la lutte entre l’Orient et l’Occident, lutte qui a commencé avec le genre humain, qui s’est maintenue vivante durant le cours de tous les âges, qui a eu pour théâtre toutes les zones et toutes les régions, et qui paraissait ne devoir finir qu’à la consommation des temps. Nous assistons aujourd’hui au dénouement du drame prodigieux qui a commencé avec l’homme et avec le monde, dont le théâtre a été aussi vaste que la terre, dont les acteurs ont été aussi divers que les empires et la durée aussi longue que la durée des siècles.

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Donoso Cortes, Carl Schmitt, Julius Evola

De nos jours, la « discussion » est devenue une marchandise, le produit vendable des nouvelles par câble et des revues d’opinion; il n’y a plus même le prétexte d’une « recherche de la vérité ».

Je ne crois pas que la monographie de Carl Schmitt sur Donoso Cortés, mentionnée par Julius Evola, ait été traduite. Cependant, le dernier chapitre de la Théologie politique de Schmitt est intitulé Sur la philosophie contrerévolutionnaire de l’État (de Maistre, Bonald, Donoso Cortes), de sorte qu’il peut servir de résumé à la compréhension par Schmitt de Donoso.

Mais d’abord, il faut signaler une anomalie intéressante. Le Schmitt catholique, ainsi que les trois contre-révolutionnaires catholiques, n’ont eut absolument aucun impact sur l’église contemporaine. Leurs idées sur la Tradition, l’autorité et l’opposition au monde libéral moderne ont été rejetées par l’église modernisante Vatican II. Alors, pourquoi l’Evola anti-chrétien était-il si enchantée par la figure de Donoso Cortés? Comme l’indique Evola dans sa revue de la monographie de Schmitt sur Thomas Hobbes, ce qui compte, c’est la « manifestation d’un principe et d’un ordre supérieur » et la mise en place d’un « type d’organisation véritablement spirituelle et hiérarchique traditionnelle ». Puisqu’il n’y a plus de soutien institutionnel à de telles idées, il incombe aux rares de les comprendre et de les développer.  Continuer de lire « Donoso Cortes, Carl Schmitt, Julius Evola »