Le langage secret de Dante et des « Fidèles d’Amour », 1er partie par René Guénon

                Sous ce titre : « Il Linguaggio segreto di Dante e dei « Fedeli d’Amore »[1], M. Luigi Valli, à qui on devait déjà plusieurs études sur la signification de l’œuvre de Dante, a publié un nouvel ouvrage qui est trop important pour que nous nous contentions de le signaler par une simple note bibliographique. La thèse qui y est soutenue peut se résumer brièvement … Continuer de lire Le langage secret de Dante et des « Fidèles d’Amour », 1er partie par René Guénon

Christianisme et Initiation par René Guénon, 2e partie

1er partie

                Parmi les rites chrétiens, ou plus précisément parmi les sacrements qui en constituent la partie la plus essentielle, ceux qui présentent la plus grande similitude avec des rites d’initiation, et qui par conséquent doivent en être regardés comme l’« extériorisation » s’ils ont eu effectivement ce caractère à l’origine[1], sont naturellement, comme nous l’avons déjà fait remarquer ailleurs, ceux qui ne peuvent être reçus qu’une seule fois, et avant tout le baptême. Celui-ci, par lequel le néophyte était admis dans la communauté chrétienne et en quelque sorte « incorporé » à celle-ci, devait évidemment, tant qu’elle fut une organisation initiatique, constituer la première initiation, c’est-à-dire le début des « petits mystères » ; c’est d’ailleurs ce qu’indique nettement le caractère de « seconde naissance » qu’il a conservé, bien qu’avec une application différente, même en descendant dans le domaine exotérique. Ajoutons tout de suite, pour n’avoir pas à y revenir, que la confirmation paraît avoir marqué l’accession à un degré supérieur, et le plus vraisemblable est que celui-ci correspondait en principe à l’achèvement des « petits mystères » ; quant à l’ordre, qui maintenant donne seulement la possibilité d’exercer certaines fonctions, il ne peut être que l’« extériorisation » d’une initiation sacerdotale, se rapportant comme telle aux « grands mystères ».

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Christianisme et Initiation par René Guénon, 1er partie

                Nous n’avions pas l’intention de revenir ici sur les questions concernant le caractère propre du Christianisme, car nous pensions que ce que nous en avions dit en diverses occasions, fût-ce plus ou moins incidemment, était tout au moins suffisant pour qu’il ne puisse y avoir aucune équivoque à cet égard.[1] Malheureusement, nous avons dû constater en ces dernier temps qu’il n’en était rien, et qu’il s’était au contraire produit à ce propos, dans l’esprit d’un assez grand nombre de nos lecteurs, des confusions plutôt fâcheuses, ce qui nous a montré la nécessité de donner de nouveau quelques précisions sur certains points. Ce n’est d’ailleurs qu’à regret que nous nous y décidons, car nous devons avouer que nous ne nous sommes jamais senti aucune inclination pour traiter spécialement ce sujet, pour plusieurs raisons diverses, dont la première est l’obscurité presque impénétrable qui entoure tout ce qui se rapporte aux origines et aux premiers temps du Christianisme, obscurité telle que, si l’on réfléchit bien, elle paraît ne pas pouvoir être simplement accidentelle et avoir été expressément voulue ; cette remarque est du reste à retenir en connexion avec ce que nous dirons par la suite.

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À propos des langues sacrées par René Guénon

                Nous avons fait remarquer incidemment, il y a quelque temps[1], que le monde occidental n’avait à sa disposition aucune langue sacrée autre que l’hébreu ; il y a là, à vrai dire, un fait assez étrange et qui appelle quelques observations ; même si l’on ne prétend pas résoudre les diverses questions qui se posent à ce sujet, la chose n’est pas sans intérêt. Il est évident que, si l’hébreu peut jouer ce rôle en Occident, c’est en raison de la filiation directe qui existe entre les traditions judaïque et chrétienne et de l’incorporation des Écritures hébraïques aux Livres sacrés du Christianisme lui-même ; mais on peut se demander comment il se fait que celui-ci n’ait pas une langue sacrée qui lui appartienne en propre, en quoi son cas, parmi les différentes traditions, apparaît comme véritablement exceptionnel.

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Juan Donoso Cortès – Question D’Orient

I

Articles publiés en 1839 dans le journal de Madrid pour le Pilote.

Le monde présente aujourd’hui un spectacle unique dans l’histoire. Nous assistons à la fin de la lutte entre l’Orient et l’Occident, lutte qui a commencé avec le genre humain, qui s’est maintenue vivante durant le cours de tous les âges, qui a eu pour théâtre toutes les zones et toutes les régions, et qui paraissait ne devoir finir qu’à la consommation des temps. Nous assistons aujourd’hui au dénouement du drame prodigieux qui a commencé avec l’homme et avec le monde, dont le théâtre a été aussi vaste que la terre, dont les acteurs ont été aussi divers que les empires et la durée aussi longue que la durée des siècles.

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Le symbolisme de la croix de Gaspé et Jacques Cartier

Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. – Marc Augé

On ne devient homme véritable qu’en se conformant à l’enseignement des mythes, en imitant les dieux. – Mircea Eliade

Les colons scandinaves, en prenant possession de l’Islande (land-nâma) et en la défrichant, ne considéraient cette entreprise ni comme une œuvre originale, ni comme un travail humain et profane. Pour eux, leur labeur n’était que la répétition d’un acte primordial, la transformation du Chaos en Cosmos par l’acte divin de la Création. – Mircea Éliade

Le XXIIIIme jour dudict moys, nous fismes faire vne croix, de trente piedz de hault, qui fut facte devant plusieurs d’eulx, sur la poincte de l’entrée dudit hable, soubz le croysillon de laquelle mismes vng escusson en bosse, à trois fleurs de lvs, et dessus, vng escripteau en boys, engravé en grosse lettre de forme, où il y avait, Vive le Roy de France. […] Et après qu’elle fut eslevé en l’air, nous mismes tous à genoulx, les mains joinctes, en adorant icelle devant eulx, et leur fismes signe, regardant et leur monstrant le ciel, que par icelle estoit nostre redemption, dequoy ilz firent plusieurs admyradtions en tournant et regardant icelle croix.  – Jacques Cartier

Nous avions mentionné dans un article précédent que le lieu anthropologique était entendu, chez Augé, comme un endroit qui avait été investi symboliquement pour y donner un sens, pour l’ordonner. Les conséquences d’une anthropologisation d’un lieu se reconnaissaient dans trois caractéristiques : identitaire, relationnel et historique. L’anthropologisation d’un lieu est une démarche humaine, symbolisatrice, qui tire ses racines d’une perspective spirituelle et cosmique. Nous allons étudier ces deux éléments en utilisant la Croix de Gaspé comme objet d’interprétation.

 

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Gnose Chrétienne : Jacob Boehme

J’étais un trésor caché et Je voulais être connu; par conséquent, J’ai créé la création afin d’être connu. ~ Hadith Qudsi

Origène, Denys l’Aréopagite, Jacob Boehme, Louis Claude de Saint-Martin, Vladimir Solovyov et Nicolas Berdyaev, par exemple, montrent dans leur travail un progrès très avancé dans la substance[1] nouant ensemble l’intelligence et la foi intuitive. ~ Valentin Tomberg

Jacob Boehme devrait porter le titre du plus grand Chrétien gnostique. Le mot gnose n’étant pas ici employé au sens hérétique de la Chrétienté des premiers siècles, mais de la connaissance qui se base sur la révélation tout en ne se préoccupant pas des concepts, mais plutôt des symboles et des mythes; la connaissance contemplative et non la connaissance discursive. C’est aussi une religion philosophique ou une théosophie. ~ Nikolai Berdyaev

Dans Christian Gnosis[2], Wolfgang Smith se révèle être un adepte de Franz von Baader dans la vague du théosophisme chrétien. C’est pourquoi il conclut son travail avec des idées de Paracelsus, Jacob Boehme et Maitre Eckhart. Smith interprète ce dernier comme étant la source distincte de la Trinité Chrétienne non dualiste, aucunement inférieur au non-dualisme des Vedantas. Cet article s’attaque au chapitre sur Jacob Boehme et au chapitre final sur la Trinité non dualiste de Maître Eckhart tiré de l’œuvre de Smith.

Jacob Boehme est un modèle d’ésotérisme pour l’Âge qui vient : il était un profane – un cordonnier de métier, tout comme mon grand-père – était marié et a élevé une famille. Pourtant, malgré les apparences simples, il vivait une profonde transformation spirituelle. Il essaya de vivre une vie simple; son premier livre a été distribué seulement à ses amis. Vers la fin de sa vie, il fut finalement capable de dédier son temps uniquement aux écrits spirituels grâce à de riches mécènes.

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