Les Grands Mystères

                L’omnipotence ne signifie pas le pouvoir d’accomplir des absurdités. La coercition de la volonté d’une autre personne est une de ces absurdités, et, par conséquent, aucune omnipotence réelle ne pourrait forcer une telle coercition. L’omnipotence est spirituelle et l’esprit n’agit pas par contrainte brutale, mais par la connaissance et l’inspiration. ~ R. G. Collingwood

                Au cours des 150 dernières années environ, nous avons eu droit à des révélations extraordinaires qui pourraient soutenir les fondations d’un renouveau spirituel. En dehors de quelques petits groupes d’intérêts, le monde poursuit sa trajectoire descendante. Si vous êtes satisfait de vos lectures spirituelles actuelles, peut-être que ces révélations on peu d’intérêt. Si vous êtes ancrés dans le matérialisme et le scientisme, ces idées risquent de ne pas pouvoir pénétrer votre esprit. Mais pour quelques-uns d’entre nous, ces idées forment la fondation d’une vision traditionnelle du monde.

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Nouveaux aperçus sur le langage secret de Dante, par René Guénon

                En parlant précédemment des deux tomes du dernier livre de M. Luigi Valli, nous mentionnions l’ouvrage que, suivant les mêmes idées directrices, M. Gaetano Scarlata a consacré au traité De vulgari eloquentia de Dante, ou plutôt, comme il préfère le désigner (car le titre n’a jamais été fixé exactement), De vulgaris eloquentiae doctrina, suivant l’expression employée par l’auteur lui-même pour en définir le sujet dès le début, et afin de mettre en évidence son intention quant au contenu doctrinal de la poésie en langue vulgaire[1]. En effet, ceux que Dante appelle poeti volgari, ce sont ceux dont les écrits avaient, comme il dit, verace intendimento, c’est-à-dire contenaient un sens caché conformément au symbolisme des « Fidèles d’Amour », puisqu’il les oppose aux litterali (et non litterati comme on l’a lu parfois inexactement), ou à ceux qui écrivaient seulement dans le sens littéral. Les premiers sont pour lui les vrais poètes, et il les appelle aussi trilingues doctores, ce qui peut s’entendre extérieurement du fait qu’une telle poésie existait dans les trois langues italienne, provençale (non pas « française » comme le dit à tort M. Scarlata) et espagnole, mais signifie en réalité (aucun poète n’ayant jamais écrit en fait dans ces trois langues) qu’elle devait s’interpréter suivant un triple sens[2] ; et Dante, au sujet de ces trilingues doctores dit que maxime conveniunt in hoc vocabulo quod est Amor, ce qui est une allusion assez évidente à la doctrine des « Fidèles d’Amour ».

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Le langage secret de Dante et des « Fidèles d’Amour », 2e partie, par René Guénon

  1er partie

               Nous avons consacré le précédent chapitre à l’important ouvrage publié en 1928, sous ce titre, par M. Luigi Valli ; en 1931 nous apprîmes la mort soudaine et prématurée de l’auteur dont nous espérions d’autres études non moins dignes d’intérêt ; puis nous parvint un second volume portant le même titre que le premier, et contenant, avec les réponses aux objections qui avaient été faites à la thèse soutenue dans celui-ci, un certain nombre de notes complémentaires[1].

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Le langage secret de Dante et des « Fidèles d’Amour », 1er partie par René Guénon

                Sous ce titre : « Il Linguaggio segreto di Dante e dei « Fedeli d’Amore »[1], M. Luigi Valli, à qui on devait déjà plusieurs études sur la signification de l’œuvre de Dante, a publié un nouvel ouvrage qui est trop important pour que nous nous contentions de le signaler par une simple note bibliographique. La thèse qui y est soutenue peut se résumer brièvement … Continuer de lire Le langage secret de Dante et des « Fidèles d’Amour », 1er partie par René Guénon

Les gardiens de la Terre sainte par René Guénon

                Parmi les attributions des ordres de chevalerie, et plus particulièrement des Templiers, une des plus connues, mais non des mieux comprises en général, est celle de « gardiens de la Terre sainte ». Assurément, si l’on s’en tient au sens le plus extérieur, on trouve une explication immédiate de ce fait dans la connexion qui existe entre l’origine de ces Ordres et les Croisades, car, pour les Chrétiens comme pour les Juifs, il semble bien que la « Terre sainte » ne désigne rien d’autre que la Palestine. Pourtant, la question devient plus complexe lorsqu’on s’aperçoit que diverses organisations orientales, dont le caractère initiatique n’est pas douteux, comme les Assacis et les Druses, ont pris également ce même titre de « gardiens de la Terre sainte ». Ici, en effet, il ne peut s’agir de la Palestine ; et il est d’ailleurs remarquable que ces organisations présentent un assez grand nombre de traits communs avec les ordres de chevalerie occidentaux, que même certaines d’entre elles aient été historiquement en relation avec ceux-ci. Que faut-il donc entendre en réalité par la « Terre sainte », et en quoi correspond exactement ce rôle de « gardiens » qui semble attaché à un genre d’initiation déterminé, que l’on peut appeler l’initiation « chevaleresque » en donnant à ce terme une extension plus grande qu’on ne le fait d’ordinaire, mais que les analogies existant entre les différentes formes de ce dont il s’agit suffiraient amplement à légitimer ?

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Christianisme et Initiation par René Guénon, 2e partie

1er partie

                Parmi les rites chrétiens, ou plus précisément parmi les sacrements qui en constituent la partie la plus essentielle, ceux qui présentent la plus grande similitude avec des rites d’initiation, et qui par conséquent doivent en être regardés comme l’« extériorisation » s’ils ont eu effectivement ce caractère à l’origine[1], sont naturellement, comme nous l’avons déjà fait remarquer ailleurs, ceux qui ne peuvent être reçus qu’une seule fois, et avant tout le baptême. Celui-ci, par lequel le néophyte était admis dans la communauté chrétienne et en quelque sorte « incorporé » à celle-ci, devait évidemment, tant qu’elle fut une organisation initiatique, constituer la première initiation, c’est-à-dire le début des « petits mystères » ; c’est d’ailleurs ce qu’indique nettement le caractère de « seconde naissance » qu’il a conservé, bien qu’avec une application différente, même en descendant dans le domaine exotérique. Ajoutons tout de suite, pour n’avoir pas à y revenir, que la confirmation paraît avoir marqué l’accession à un degré supérieur, et le plus vraisemblable est que celui-ci correspondait en principe à l’achèvement des « petits mystères » ; quant à l’ordre, qui maintenant donne seulement la possibilité d’exercer certaines fonctions, il ne peut être que l’« extériorisation » d’une initiation sacerdotale, se rapportant comme telle aux « grands mystères ».

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Christianisme et Initiation par René Guénon, 1er partie

                Nous n’avions pas l’intention de revenir ici sur les questions concernant le caractère propre du Christianisme, car nous pensions que ce que nous en avions dit en diverses occasions, fût-ce plus ou moins incidemment, était tout au moins suffisant pour qu’il ne puisse y avoir aucune équivoque à cet égard.[1] Malheureusement, nous avons dû constater en ces dernier temps qu’il n’en était rien, et qu’il s’était au contraire produit à ce propos, dans l’esprit d’un assez grand nombre de nos lecteurs, des confusions plutôt fâcheuses, ce qui nous a montré la nécessité de donner de nouveau quelques précisions sur certains points. Ce n’est d’ailleurs qu’à regret que nous nous y décidons, car nous devons avouer que nous ne nous sommes jamais senti aucune inclination pour traiter spécialement ce sujet, pour plusieurs raisons diverses, dont la première est l’obscurité presque impénétrable qui entoure tout ce qui se rapporte aux origines et aux premiers temps du Christianisme, obscurité telle que, si l’on réfléchit bien, elle paraît ne pas pouvoir être simplement accidentelle et avoir été expressément voulue ; cette remarque est du reste à retenir en connexion avec ce que nous dirons par la suite.

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